François Hollande :  Un quinquennat en demi teinte 

Le mandat de François Hollande prendra officiellement fin, le dimanche 14 mai 2017, après la cérémonie de passation avec Emmanuel Macron. L’occasion de tirer un bilan des promesses tenues et des engagements déçus. «Un bilan est toujours en demi-teinte», dit Ségolène Royal. C’est le cas de celui de François Hollande. Avec des succès, des réformes qui resteront : la COP21, La légalisation du mariage entre personnes de même sexe, mais ausssi des échecs, des faux pas : la déchéance de nationalité pour les terroristes, finalement abandonnée, les grandes manifestations contre la loi Travail, les affaires Cahuzac, Thevenou, Benguigui, ou encore l’inversion tardive et bien timide de la courbe du chômage.

Retour sur un quinquennat en demi teinte 

  • LE CHÔMAGE 

C’est une promesse qui a coûté cher à François Hollande. En avril 2014, alors qu’il déjeune avec des salariés et des dirigeants de l’entreprise Michelin à Clermont-Ferrand, le président de la République assure que « si le chômage ne baisse pas d’ici à 2017, je n’ai aucune raison d’être candidat, ou aucune chance d’être réélu ». En plaçant sa réélection sur le terrain de la lutte contre le chômage, le président empoisonne la fin de son mandat. Chaque mois, son action est évaluée à l’aune des chiffres du chômage, éclipsant les autres avancées obtenues par le gouvernement. Et les chiffres sont mauvais: de 3,6 millions au moment de son engagement, le nombre de demandeurs d’emplois en catégorie A progresse à 3,85 millions en février 2016. La fin du quinquennat sera marquée par un début d’inversion de la courbe du chômage avec 100.000 chômeurs de catégorie A en moins sur l’année 2016, mais il est déjà trop tard: le président a renoncé à se représenter. En mars 2017, le nombre de chômeurs connaîtra un spectaculaire rebond avec 47.300 nouveaux demandeurs d’emplois…

  • LA CRÉATION D’EMPLOI  

repartie en France sous son quinquennat, avec 603.000 créations d’emplois nettes depuis son arrivée au pouvoir. Si le chômage a augmenté dans la même période, avec +585.000 demandeurs d’emplois de catégorie A, c’est uniquement parce que les nouveaux emplois créés n’ont pas suffit à compenser la hausse de la population active.la tendance est à un lent reflux du chômage depuis octobre 2015 et le record de 3,58 millions de sans-emplois. L’état des entreprises s’est lui aussi amélioré. Le nombre d’entreprises placées en redressement judiciaire –58.000 en 2017– a baissé de 8%; un chiffre qui la rapproche de la moyenne de long terme, signe d’un retour à une situation quasi-normale.

  • Le CICE 

C’est la mesure économique phare du quinquennat. Le Crédit impôt compétitivité emploi (CICE) est entré en vigueur en janvier 2013 avec pour objectif de soutenir l’activité des entreprises française. Largement inspiré par Emmanuel Macron, il consiste en un allégement de charges pour les entreprises financé par l’Etat à hauteur de 20 milliards d’euros. Décrié par une partie de la gauche, le texte, inscrit dans la loi de finance rectificative de 2012, semble avoir eu un effet modeste sur l’emploi et les salaires. 

  • L’ÉCONOMIE 

C’est l’abonnée absente du quinquennat de François Hollande. La croissance n’a jamais été au rendez-vous des ambitions du président de la République, expliquant notamment ses difficultés à faire baisser le chômage. Alors que le candidat socialiste tablait sur un retour rapide à la croissance avec +1,7% en 2013 et +2% dès 2014, il en aura été tout autrement. Après une très faible progression en 2013 (+0,6%) elle rechute en 2014 (à 0,3%), contredisant les estimations du nouveau chef de l’Etat. A partir de 2015, elle repart à la hausse et dépasse durablement les 1% avec +1,2% en 2015 et +1,1% en 2016. Mais jamais elle ne rejoint les hypothèses de croissances formulées par le Parti socialiste en 2012 (stabilisée à +2,25% à partir de 2015). Le président de la République est en outre tenu de réduire les déficits publics de la France sous les 3%, comme l’y enjoint le traité de Maastricht. Un objectif qu’il a promis d’atteindre dès 2013 dans ses engagements de campagne, mais qu’il n’aura de cesse de repousser tout au long du quinquennat, suscitant l’exaspération de ses partenaires européens. Le dernier programme de stabilité du gouvernement prévoit qu’il pourrait être atteint à la fin de l’année 2017… quand François Hollande ne sera plus aux affaires.

Politiquement, François Hollande a payé cher ce contre-pied. Les choix fiscaux favorables aux entreprises provoquent une scission entre l’aile gauche et l’exécutif. Une crise renforcée par le départ d’Arnaud Montebourg, Aurélie Filippetti et Benoît Hamon du gouvernement, fin 2014. Une « fronde » sociale qui ne quittera plus le quinquennat et illustrée sur le pavé contre la loi Travail en fin de mandat.

  • LE TERRORISME 

Affaibli sur la scène intérieure, les opérations extérieures ont donné l’occasion à François Hollande d’asseoir son rang de chef d’Etat. C’est notamment sur le continent africain qu’il a endossé les habits de « chef de guerre » pour ne plus les quitter. D’abord, lors de l’intervention française au Mali en janvier 2013, pour endiguer l’avancée des groupes djihadistes qui menaçaient de prendre le contrôle de tout le pays. Une intervention qui s’est achevée en juillet 2014, pour laisser place à une opération de lutte contre le terrorisme dans la zone du Sahel.

Ensuite en Centrafrique, où les forces françaises ont été déployées pour contenir un conflit inter-religieux menaçant de faire sombrer le pays dans le chaos. Cette opération s’est achevée à l’automne 2016.

Charlie Hebdo, Hyper Cacher, Bataclan, Nice… Le quinquennat de François Hollande aura été lourdement frappé par le terrorisme islamiste. Depuis 2015 et l’attentat perpétré dans les locaux de Charlie Hebdo, 239 personnes sont mortes dans les attaques de djihadistes de l’Etat islamique et d’Al-Qaïda en France. Des victimes auxquelles il convient d’ajouter les neuf Français qui ont perdu la vie dans des attaques commises à l’étranger; à Ouagadougou (Burkina Faso), Gao (Mali), Grand-Bassam (Côte d’Ivoire) ou Bruxelles (Belgique).

Meurtri par une série d’attentats, le quinquennat Hollande bascule sous état d’urgence le 13 novembre 2015, après les fusillades qui ont fait 130 morts à Paris et à Saint-Denis. Le régime d’exception est par la suite devenue la règle, se prolongeant jusqu’après l’élection présidentielle. Théâtre d’atrocités, notamment dans la ville d’Alep, et lieu de départ de centaines de milliers de réfugiés en direction de l’Europe, la Syrie a constitué le fil rouge de ce quinquennat sanglant. D’une crise à l’autre, François Hollande a conservé les habits de « chef de guerre » endossés en Afrique, plaçant la France dans le rang des pays de la coalition internationale engagée contre l’Etat islamique.En Syrie, après l’utilisation d’armes chimiques par le régime de Bachar al-Assad, le président de la République échoue à convaincre Barack Obama d’intervenir. La France y mènera plus tard la lutte contre l’Etat islamique (EI), ainsi qu’en Irak, dans le cadre de l’opération Chammal: des frappes aériennes qui visent les sanctuaires de l’organisation terroriste. La multiplication des interventions n’est pas sans conséquences: avec le dispositif de maintien de l’ordre Sentinelle, mis en place après les attentats de janvier, elle place l’armée française en surchauffe. Un dossier épineux pour le prochain président de la République.

Sur la scène intérieure, le débat sur la déchéance de nationalité, proposée au lendemain des attentats du 13-Novembre, achève de fracturer la gauche. L’épisode signe la démission du gouvernement de Christiane Taubira, artisane du mariage pour tous, l’une des mesures les plus symboliques à gauche. François Hollande a beau jeu d’enterrer cette mesure, la séquence est devenue un marqueur pour les déçus du hollandisme.   

  • LE MARIAGE POUR TOUS 

Le mariage gay: la mesure symbolique du quinquennat

C’est une promesse de campagne de François Hollande: ouvrir le mariage et l’adoption aux couples homosexuels. Le président de la République charge sa ministre de la Justice, Christiane Taubira, de porter le projet de loi « Mariage pour Tous ». Après des heures de débats, des milliers d’amendements, et des échanges parfois tendus avec la droite, le projet est finalement adopté le 23 avril 2013 et promulgué par le Conseil constitutionnel quelques semaines plus tard. Le premier mariage gay sera célébré le 29 mai 2013 à Montpellier. Mais l’adoption de la loi ne s’est pas faite sans heurts. Dans la rue, le projet déchaîne les oppositions, de la droite catholique ou groupuscule les plus extrémistes. La Manif’ pour Tous, principal collectif d’associations anti-mariage gay, multiplie les manifestations et déplace plusieurs centaines de milliers de personnes entre l’arche de la Défense et la place Charles de Gaulle, le 24 mars 2013. Sans parvenir à influencer le cours de l’Histoire.

  • LA COP 21 

C’est l’un des grands succès de François Hollande: l’organisation et le succès de la conférence des Nations unies sur le climat (Cop21) à Paris en 2015. Après l’échec de la conférence de Copenhague en 2009, rien ne garantissait que les Etats parviendraient à trouver un accord sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre. Mais les négociations menées lors du sommet se sont montrées fructueuses, et le 12 décembre 2015, l’ensemble des 195 pays participants se sont engagés à limiter le réchauffement de la planète sous les 2°C d’ici à 2100. L’accord, qui doit entrer en vigueur dès 2020, n’est pas exempt de critiques: certains estiment qu’il n’est pas assez contraignant, en fixant un objectif « théorique » de réduction des émissions de CO2 sans mécanismes de contrôle ad hoc qui obligerait les Etats à tenir leurs engagements.


Après des déroutes électorales répétées – « vague bleue » aux élections municipales, perte du Sénat en 2014, percée de la droite aux régionales de 2015 -, la « synthèse » hollandaise a laissé la place à la « balkanisation » de la gauche.
Des politiques économiques et sociales décriées par l’aile gauche au passage en force de projets de loi par le 49.3 – loi Macron et loi Travail – François Hollande aura scindé en deux sa majorité présidentielle sans parvenir à briguer un second mandat.
À l’issue de son quinquennat, le PS ne s’est même pas qualifié pour le second tour de la présidentielle, vampirisé par Emmanuel Macron et Jean-Luc Mélenchon. Fort de ses 19,58 % des voix au premier tour, le leader de La France insoumise rêve que son mouvement devienne le principal parti d’opposition au gouvernement Macron. Au détriment d’un PS qui craquelle de toutes parts.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s