Primaire De La Gauche : Ce qu’il faut retenir du débat Benoît Hamon – Manuel Valls

Ce mercredi soir, Benoît Hamon, nouveau favori, et Manuel Valls, qui a déclenché une rude « campagne totale » contre son rival, se retrouvent pour l’unique débat télévisé avant le second tour de la primaire socialiste, qui s’annonce sans merci.Sur TF1, France 2 et France Inter, les deux candidats sont interrogés par les journalistes Gilles Bouleau, David Pujadas et Alexandra Bensaid.
Les deux candidats commencent par une introduction d’une 1 minute 30 chacun.Benoît Hamon rappelle les points principaux de son programme avec le revenu universel et l’écologie : « La gauche doit tourner le dos à l’ordre ancien. Il faut qu’elle propose un futur désirable.Ce futur désirable, il ne dépend que de nous ». Il explique que le candidat de la gauche devra affronter « la droite totale de François Fillon » et « le projet nationaliste et xénophobe de Marine Le Pen ».Manuel Valls déclare : « Je veux dire mon plaisir d’être ici (…) Nous sommes là pour nous dire quels sont les points communs et les différences. C’est un vrai choix proposé aux électeurs de gauche ». Il ajoute que « la victoire est possible » mais qu’il faut « dire la vérité aux Français »

  • Le Travail 

Le premier des grands thèmes abordé lors de ce débat est le travail. « La révolution technologique est en train de détruire de nombreux emplois », estime Benoît Hamon, qui se base sur un rapport de l’OCDE qui anticipe que pour la France, environ 10% des emplois seraient menacés à l’horizon 2025. « Cette révolution numérique est une bonne nouvelle, encore faut-il savoir comment nous partageons le travail », lance le député des Yvelines, qui propose « un nouveau pilier à notre protection sociale : le revenu universel mais aussi que demain, les baisses de cotisations sociales patronales soient consenties en contrepartie de la réduction du temps de travail et d’emplois créés », détaille-t-il. Face à cette baisse du temps de travail en dessous des trente-cinq heures, Manuel Valls défend quant à lui la défiscalisation des heures supplémentaires. Pour l’ancien Premier ministre, « le travail ne va pas diminuer, il va prendre d’autres formes ». « Tu n’as à opposer à ces études que ta foi, ta croyance », lance Benoît Hamon.

21h19. Hamon taille (légèrement) le bilan du quinquennat. Benoît Hamon en profite également pour critiquer le bilan de Manuel Valls à la tête du gouvernement, et notamment sur la loi Travail. « Il y a eu un rendez-vous raté avec la loi Travail : la reconnaissance des maladies psychiques dues au travail, explosion des burn-out qui ne sont pas reconnus comme maladies professionnelles (…) Il faut reconnaître le syndrome d’épuisement au travail », propose le candidat arrivé en tête au premier tour.

Manuel Valls reprend la parole : « Il y a un problème de compétitivité (…) C’est pour cela que nous avons fait le choix de la compétitivité en baissant le coût du travail, en investissant dans la formation… Nous avons arrêté le déclin dans l’industrie et les investissements ont repris. Il faut continuer. je ne crois pas à la raréfaction du travail. C’est une thèse défendue par Benoît Hamon. Notre responsabilité, c’est de préparer l’avenir par ces changements, ces mutations ».

Le revenu universel est « un message de découragement ». La gauche c’est le rapport au travail, à l’industrie et la création. Je tire aussi les leçons de ce que l’on me dit depuis cinq ans (…) La mesure de supprimer la défiscalisation des heures supplémentaires s’était traduit par la perte de pouvoir d’achat (…) Je ne reprocherais jamais à Benoît Hamon de réfléchir. L’idée du revenu universel est une très vielle idée, défendue par la gauche », ajoute-t-il.
Il défend son projet de « revenu décent ». « Toujours avec ce lien avec le travail, de dignité qu’il procure. L’idée de distribuer la même somme à chacun, au delà même du coût budgétaire, me paraît s’éloigner de l’idée que j’ai du travail et que je crois, les Français ont », explique-t-il.
21h25 – Benoît Hamon répond aux journalistes sur le budget du revenu universel : « Je propose dans la première étape du revenu universel d’existence se concentre sur les 18-25, sans conditions de ressources. Cela coûte 45 milliards d’euros. Je le finance comment ? Ça ne coûte pas un euro aux caisses de l’État. Je propose qu’il y ait une simplification de la fiscalité sur la patrimoine, immobilier et financier, sous la forme d’un impôt unique sur les actifs nets. Deuxième étape, je propose que nous discutions avec les partenaires sociaux des conditions dans lesquelles ce revenu sera mis en place. C’est un transfert de richesse ».


Réponse de Manuel Valls : « Nous avons augmenté le RSA et malgré des difficultés budgétaires, nous avons tenu bon (…) 600.000 personnes supplémentaires bénéficient enfin d’une couverture d’une complémentaire santé. Il faut aller plus loin, d’où la fusion des minimas sociaux (…) Quand vous rencontrez quelqu’un au RSA, il veut travailler ». D’après lui, Benoît Hamon « passer le message : ‘On renonce à la société du travail, on accepte le chômage’. Le coup est exorbitant. Ça coûterait dans le temps long 300, 400, 450 milliards ».


« Je suis le candidat de la feuille de paie et je ne veux pas que Benoît Hamon soit le candidat de la feuille d’impôt », ajoute-t-il. Le candidat reprend ainsi le slogan d’Arnaud Montebourg qui affirmait être « le candidat de la feuille de paie »

  • L’Economie

Benoît Hamon souligne un nouveau point de désaccord avec Manuel Valls. « Les investissements que l’on va consentir pour passer ce qui figurent dans mon projet, cela coûte de l’argent mais ils permettent de doublier les emplois dans l’agriculture. Tout cela a un impact positif sur la croissance (…) Les choix d’investir doivent être mesurés. je vous parle de n’augmenter aucun impôt mais assumer de discuter avec nos partenaires européens ».

Manuel Valls répond : « Nous avons engagé la baisse de l’impôt (…) Tout ce que propose Benoît Hamon, sans augmentation des impôts n’est pas possible ». 
Benoît Hamon l’attaque : « Je regrette que tu places le débat sur le terrain de la vérité. Je ne suis détenteur d’aucune vérité. Je ne revendique pas cela. J’ai dit que je ne voulais pas augmenter les impôts puisque je veux en finir avec le dogme des 3% de déficit public. Il faut en finir avec ce thème du rêve (…) La réalité de la dernière année, c’est que ton gouvernement a financé la défiscalisation des actions gratuites de 500 millions d’euros. Qui en a profité ? Les grandes entreprises du CAC 40. Les rêves que vous avez financés sont ceux de ceux qui en ont déjà beaucoup ».
Benoît Hamon met en avant sa proposition sur un plan sport-santé. Il « généralise une culture de l’activité physique même légère » et ajoute que l’objectif est de « maintenir en bonne santé les personnes sans avoir à dépenser beaucoup pour les soigner (…) Dans quel environnement faisons-nous grandir nos enfants ? Quel monde allons-nous leur laisser ? Les perturbateurs endocriniens provoquent des cancers (…) On négocie avec des banquiers, pas avec la nature ! (…) On ne négocie avec les banquiers, pas avec la nature. Ma priorité c’est la dette environnementale ».

Manuel Valls prend la parole : « Je pense que nous pouvons être capable d’assumer devant les Français de nouvelles dépenses en matière de sécurité, de justice, de défense ».

  • La Laïcité 

Place à la laïcité, un sujet sur lequel Manuel Valls a attaqué son adversaire, la veille, dénonçant « des ambiguïtés et des risques d’accommodements » [avec l’islamisme radical et le communautarisme]. Manuel Valls prend la parole en premier, louant le principe de laïcité : « La laïcité n’est pas un glaive, c’est un bouclier. C’est une conviction, une valeur, c’est l’Histoire de la France », rappelant qu’il « ne peut pas y avoir le moindre accommodement ». « Aujourd’hui, il y a une revendication politique à propos du voile qui conteste la République. Il faut être capable d’y répondre de manière déterminée ».

Benoît Hamon évoque à son tour sa vision de la laïcité, en citant… François Hollande. « La laïcité, ce n’est pas la religion de ceux qui n’ont pas de religion ». Sur la question du voile, il estime que « là où il est imposé, nous devons tout mobiliser pour que cette femme ne soit pas soustraite au regard des hommes ». « Là où une femme, librement, et il en existe, décide de porter le foulard islamique, elle est libre de le faire », explique-t-il en revanche. 

  • L’Ecologie

Manuel Valls ne souhaite pas revenir sur l’écotaxe car son application a été « impraticable ». Il rappelle le bilan de son gouvernement sur l’écologie avec la loi de transition écologique, la loi sur la biodiversité, l’engagement pour la convergence essence-diesel. « La santé environnementale doit être une des grandes priorités des années qui viennent. La pollution de l’air représente des risques de mortalité partout en France, pas seulement à Paris. Je suis pour l’interdiction d’un certain nombre de produits qui polluent notre environnement », explique-t-il.

Benoît Hamon dénonce le « lobbying d’un certain nombre d’industriel ». Il le qualifie d' »incroyable ». Une nouvelle fois, il affirme avoir un désaccord avec l’ancien premier ministre. Il évoque le dossier des boues rouges. « Je pense que Manuel Valls aurait du sur cette question suivre l’avis du ministère de l’Environnement. Il y a des risques considérables, de la part d’une entreprise qui a perçu le CICE et qui avait des consignes depuis 20 ans pour éviter cela ».
Manuel Valls dit être « convaincu que la gauche doit se confondre avec l’écologie ».
Comme lors du troisième débat, les deux candidats ont eu chacun une « carte blanche » pour parler pendant une minute d’un sujet qui leur est cher. Manuel Valls choisit l’Afrique, « grand continent d’avenir ». « C’est le grand défi de demain, ce sera le défi de ma politique étrangère. » L’ancien Premier ministre promet de « doubler » l’aide au développement. Benoît Hamon, de son côté, choisit de parler de culture. « On a eu un quinquennat contrasté », fait-il remarquer. « Malgré les efforts, l’essentiel des crédits se concentrent sur l’Île-de-France. Il y a un enjeu fondamental à démocratiser » la culture et à « soutenir l’entrepreneuriat culturel ». Lui suggère de « réfléchir à un statut des artistes », sur le modèle de celui des intermittents. Et à « se poser la question des droits d’auteur à l’ère du numérique ».Le « very bad english » de Manuel Valls. Questionnés par des téléspectateurs sur leurs capacités en anglais, les deux participants ont donné des réponses…contrastées. « Yes », s’exclame Benoît Hamon, qui revendique de parler anglais « fluently » [couramment]. « My english is very bad but I speak well Spanish » [Mon anglais est très mauvais mais je parle bien espagnol], admet Manuel Valls, né à Barcelone. Sans transition, aucun des deux ne souhaite revenir sur l’âge légal de départ à la retraite.

En revanche, la question de Notre-Dame-des-Landes les divise profondément. « Je suspendra la déclaration d’utilité publique du chantier », assure Benoît Hamon. « Gouverner, c’est assumer les responsabilités », rétorque Manuel Valls, qui a toujours défendu la construction de l’aéroport contre vents et marées. « C’est un projet ancien, soutenu par la plupart des élus et la population. Il y a eu un vote. Je ne veux pas que nous reculions. »Sur la question des retraites : Manuel Valls se positionne contre la modification de l’âge de départ à la retraite. Quant à Benoît Hamon, il affirme que ce « chantier crée plus de discorde et de désordre »

  • La Sécurité 

Manuel Valls indique qu’il faut continuer  » combattre l’État islamique en Irak et en Syrie ». « Il faut se préparer à judiciariser tous ceux qui reviennent. Ils devront être en prison ou sous le regard de la justice. C’est le travail de nos services de renseignement », ajoute-t-il Il poursuit : « Il faut davantage de contrôles. L’Europe qui est notre espace commun a besoin de frontières protégées. Les contrôles aux frontières européennes doivent être renforcées. Le contrôles des frontières nationales doit continuer à se mettre en oeuvre. Il y aussi le travail de renseignement ». 


Benoît Hamon réagit à son tour : « Le dispositif d’identification des voyageurs aériens est essentiel (…) La coopération entre services de renseignements en Europe peut largement être améliorée. Même si on renforce les contrôles, nous avons affaire à des gens qui sont spécialistes de la dissimulation ». Il propose un visa humanitaire. « C’est pour identifier les personnes qui entrent. Sinon, on ne les connaît pas, ni leur identité, ni les objectifs ».

22h41. Passe d’armes autour de l’état d’urgence. Manuel Valls se montre particulièrement offensif dès que la question de l’état d’urgence est abordée. Car Benoît Hamon, qui a voté pour après le 13-Novembre, ainsi que pour la première prorogation, a ensuite refusé de prendre part aux votes. « Quand on est candidat à la présidence de la République, il y a une transparence à avoir auprès des Français. [Benoît Hamon] s’est abstenu, n’a pas non plus voté la loi sur le crime organisé en juin 2016 », souligne-t-il. 


Benoît Hamon rétorque immédiatement sur le même mode. « Quand on est candidat à la présidence de la République, on écoute les avis des plus hautes juridictions de l’État français. Qu’ont-elles dit ? Que l’état d’urgence ne doit pas devenir un état permanent. » Disant « assumer entièrement » ses votes, l’ancien ministre de l’Éducation justifie aussi son vote contre la loi de juin 2016 par le fait qu’elle prévoyait « d’importer les dispositions qui relevaient de l’état d’urgence » dans une loi ordinaire. 

Pour l’un comme pour l’autre, la France doit continuer à « assumer ses responsabilités » sur les terrains extérieurs. « Cet effort doit être augmenté à 2% du PIB », appuie Manuel Valls. Benoît Hamon, lui, plaide « pour un deuxième porte-avions avec révision générale du Charles-de-Gaulle”.

Face à la menace, de la part de Donald Trump, de disloquer l’OTAN, Benoît Hamon comme Manuel Valls prônent plus d’Europe. « Il faut que l’Europe soit forte et unie. L’une de mes décisions, c’est de convoquer une réunion de tous les européens qui le souhaitent », explique Manuel Valls. « Nous ne pouvons pas nous faire prendre de revers par une alliance entre le président américain et le président russe. » Benoît Hamon est d’accord et précise que pour « saisir cette opportunité du désengagement des Etats-Unis, il faut faire en sorte aux pays européens [notamment de l’Est] d’être moins dépendants énergétiquement de la Russie ». 

Manuel Valls appelle François Fillon à s’expliquer. « C’est le rôle du Parlement. Cette décision s’impose mais il ne s’agit pas non plus de jeter l’opprobre sur tout le monde. François Fillon a misé lors de sa campagne sur la vertu, la vérité et la transparence. Vous imaginez le général de Gaulle employer tant Yvonne à l’Élysée ? Le débat c’est on travaille ou on travaille pas ».

Benoît Hamon estime qu’il ne faut « pas tergiverser. Après une affaire comme celle-ci, il faut interdire qu’un député ou un sénateur, la possibilité d’employer un cousin, un enfant ou un conjoint ». 

  • Êtes-vous plus proche de Jean-Luc Mélenchon ou Emmanuel Macron ? 

« Sur la révolution numérique, je me sens plus proche d’Emmanuel Macron. Sur la transition écologique, j’ai des points d’accord avec Jean-Luc Mélenchon », affirme Benoît Hamon. Même question pour Manuel Valls : « Je suis du côté des progressistes, de Benoît Hamon à Emmanuel Macron ».

C’est l’une des dernières attaques de la campagne de la primaire de la gauche. Manuel Valls souligne qu’il « respecte les règles, ce qui n’a pas toujours été le cas pour Benoît ces dernières années ». Réponse directe de Benoît Hamon qui déclare : « Respecter les règles, c’est commencer par respecter le programme sur lequel on a été élu ».Benoît Hamon déclare qu’il souhaite « battre le cœur de la France, que ce cœur nous aide à dessiner un futur désirable. (…) Faire de la gauche qu’elle batte la droite et l’extrême droite, incarner une gauche sincère robuste pour incarner un futur désirable ».Manuel Valls estime que cela a été « un beau débat ». « C’est de cette primaire qu’émergera le candidat qui rassemblera la gauche. Je veux incarner cette belle République, cette France juste, forte. Je veux m’adresser au cœur des Français et à la raison car c’est cela gouverner », ajoute-t-il.

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