Primaire De La Gauche : Ce qu’il faut retenir de ce troisième débat 

Pour la troisième et dernière fois, Manuel Valls, Arnaud Montebourg, Benoît Hamon, Vincent Peillon, Sylvia Pinel, François de Rugy et Jean-Luc Bennahmias débattent jeudi soir. Les sept candidats à la primaire PS ont là une ultime occasion de mettre en avant leurs propositions, mais aussi de critiquer celles de leurs adversaires. Ces derniers jours, la tension est montée entre les trois favoris, Manuel Valls, Arnaud Montebourg et Benoît Hamon. Cette Soirée était diffusée sur France 2 avec David Pujadas et Léa Salamé et également sur Europe 1 avec Fabien Namias. Les sept rivaux à la primaire de la gauche ont débattu, ce jeudi 19 janvier, sur la sécurité au Proche-Orient mais aussi les institutions, l’assurance-maladie et les finances publiques. Chaque candidat disposait d’une minute de « carte blanche » pour « vendre » une proposition de son choix. Lors du précédent débat, Manuel Valls avait été la cible des critiques des anciens ministres de François Hollande, Vincent Peillon, Benoît Hamon et Arnaud Montebourg.Pour deux des sept candidats, il ne s’agira pas du dernier débat de la primaire. Un duel est en effet programmé pour le mercredi 25 janvier entre les deux finalistes qui seront désignés lors du premier tour, le 22 janvier – si évidemment aucun candidat ne franchit les 50% des voix. Le second tour, lui, aura lieu le dimanche 29 janvier. 

Ce qu’il faut retenir de ce débat ? 

  • L’objectif du « zéro SDF »

Alors qu’une vague de froid frappe le pays, les candidats sont d’abord interrogés sur l’objectif du « zéro SDF » à la fin d’un mandat. Est-ce tenable ? Arnaud Montebourg assure que oui. « L’État peut investir dans des hébergements d’urgence. » Manuel Valls, en revanche, dit se « méfier des slogans », tout comme François de Rugy. « Je ne crois pas qu’il faille des mots d’ordre choc », précise le président du Parti écologiste. 

  • Le thème de l’assurance maladie est abordé

Vincent Peillon déclare que « la situation de la médecine est très difficile à la fois pour ce qui concerne la médecine libéral. Il faut utiliser une méthode d’incitation par des avantages fiscaux des 20.000 médecins dans les déserts médicaux. Pour l’hôpital, je souhaite qu’on lui donne de l’aide (…) Il faut une complémentaire santé pour ceux qui ne sont pas couverts et une complémentaire santé publique. Il faut en même temps, faire en sorte que l’on soit mieux remboursé ». Arnaud Montebourg proposer de « de rendre universelle l’accès à la couverture complémentaire pour les personnes qui n’en n’ont pas les moyens ». Il évoque « des personnes » qui « n’arrivent pas à obtenir le prix de leurs efforts lorsqu’il y a un problème dans leur vie. 36% de personnes ont renoncé à des soins ».

François de Rugy indique qu' »il y a la droite de François Fillon. Son projet est de ramener l’assurance maladie au stricte minimum. Et puis il Jean-Luc Mélenchon qui prône le ‘tout-État’. Sylvia Pinel souhaite que « préserver notre modèle de santé qui est exemplaire, efficace et envié dans le monde. Nos efforts doivent porter sur le fait d’améliorer notre système, en luttant contre le gaspillage, proposant des génériques (…) Il faut que nos concitoyens aient accès à un service de qualité. Je crois au système de protection que nous avons et nous devons veiller à ce qu’il soit égal entre tous les compatriotes ».
Jean-Luc Bennahmias défend « le système mutualiste ». « Dans les régions périphériques, je propose de faire des maisons de santé. Il faut aider nos professions médicales à être ensemble dans un local (…) Cela permet dans les déserts médicaux, d’avoir des gens présents », ajoute-t-il. Manuel Valls estime qu’il s’agit d’un « sujet majeur ». L’ancien premier ministre ajoute que « la gauche est liée au mouvement mutualiste. Les dépenses de santé vont augmenter (…) Il faut conforter l’hôpital public, développer les maisons de santé, en finir avec le numerus clausus et d’aller plus loin dans l’installation des médecins. Je propose aussi de supprimer le ticket modérateur pour un certain nombre de soins de la ville. Cette médecine libérale ne joue plus tout à fait son rôle dans les villes moyennes et dans les territoires ruraux ». 

  • Pour lutter contre les déserts médicaux, que proposent les candidats ?

Benoît Hamon partage l’idée selon laquelle la meilleure solution, « c’est la Sécurité sociale ». « Nous devons augmenter les remboursements ». Manuel Valls estime que « la prévention » permettra de faire des économies. L’ancien ministre de l’Éducation nationale lui répond sur les maladies chroniques. « Sur la question des perturbateurs endocriniens (…) là où il y a soupçons de dangerosité, il faut que l’État prenne des décisions fermes ».

  • la dette et le déficit 

Les candidats abordent le sujet des finances publiques, de la dette et du déficit. Benoît Hamon plaide pour une mutualisation de la dette européenne. « Je pense que l’Allemagne et la France ont intérêt à resserrer leurs intérêts respectifs. » Manuel Valls, lui, parle de « mutualisation des dépenses de défense et de sécurité » au niveau de l’Union européenne. « La dette et le déficit ne sont pas bons pour nous-mêmes. Trente ans d’engagements à gauche fait craindre la gauche qui fait des promesses et déçoit », enchaîne Vincent Peillon. Qui fustige le revenu universel d’existence de Benoît Hamon qui, selon lui, coûtera bien trop cher et grèvera le budget du pays.
le revenu universel d’existence de Benoît Hamon est très décrié. Après Vincent Peillon, c’est au tour d’Arnaud Montebourg de tacler la proposition de son adversaire, pointant son coût « dix fois plus cher » [entre 300 et 400 milliards d’euros] que les mesures qui figurent dans son programme pour relancer l’emploi. Piqué au vif, Benoît Hamon soupire : « c’est pas sérieux », reprochant à son concurrent d’avoir mal lu son programme. 

François de Rugy aussi, est contre le revenu universel d’existence. « Il faut quand même trouver 45 milliards d’euros » pour la première étape de sa mise en oeuvre, que Benoît Hamon veut progressive. Beaucoup trop, selon lui. Beaucoup trop aussi selon Sylvia Pinel. « Il faudra quand même que tu nous expliques vraiment très clairement comment tu le finances. » « Il suffit de lire ! » rétorque l’ancien ministre de l’Éducation nationale. Heureusement pour lui, Jean-Luc Bennahmias vole à son secours : « Benoît, ne te décourage pas ! C’est la seule idée nouvelle qu’on ait proposé depuis des années ! »
Les candidats font entendre leurs différences sur le protectionnisme. « Attentions au protectionnisme », lance Vincent Peillon, qui prône un « juste échange » avec des « normes environnementales et sociales ». Benoît Hamon plaide lui pour des « écluses » aux frontières de l’Europe, sur les mêmes critères, environnementaux et sociaux. Arnaud Montebourg développe son idée de protectionnisme français, avec la volonté de confier aux société de l’Hexagone les marchés publics.

Manuel Valls, lui, « en a assez » qu’on oppose la lutte contre la pauvreté et le soutien aux entreprises. L’ex-Premier ministre veut « taxer fortement » les exportations non respectueuses des normes européennes, là encore sur l’environnement et le social. Sylvia Pinel parle de « préférence économique européenne », elle aussi parle des normes environnementales et sociales. Sans surprise, François de Rugy, pour argumenter sur le « produire en France », parle énergie et alimentation. 

  • le moment de la carte blanche, où les candidats peuvent aborder le sujet qu’ils désirent
  • Le thème de la justice est abordé

Benoît Hamon indique que « nous faisons le constat d’une surpopulation carcérale en augmentant le nombre de places de prison. Cela ne résout pas la question, et le fait que la prison fabrique des délinquants. Je préfère des alternatives à la détention pour les courtes de peines, de moins de six mois. Aujourd’hui, la récidive est plus fréquente quand on est passé en prison que quand on a fait une peine alternative ». Sylvia Pinel estime qu »‘il faut mieux préparer la sortie de prison. 80% des détenus sortent sans préparation, ce qu’on appelle des sorties sèches ».
Manuel Valls déclare : « Je veux que la gauche reste crédible, sur l’entreprise, sur le dialogue social, sur la lutte contre les inégalités. Et surtout qu’elle ne renonce pas à assurer à la sécurité ». Arnaud Montebourg a tenu à saluer la politique mise en place par Christiane Taubira concernant la contrainte pénale. François de Rugy ajoute : « Assurer la sécurité, c’est une des premières missions de l’État ». Vincent Peillon juge que « le vrai problème, c’est que le budget de la justice français est inférieur de 50% aux pays européens. Nous sommes 24e sur 27 »

  • L’égalité homme-femme. 

« Qui a choisi une femme pour diriger sa campagne ? » La question, posée (assez maladroitement), n’a reçu qu’un timide « moi » : celui de François de Rugy, dont la directrice de campagne est Véronique Massonneau. Les candidats sont ensuite invités à s’exprimer sur leurs mesures pour favoriser l’égalité homme-femme. « Je propose un congé pour le deuxième parent avant la naissance pour avoir un temps de formation. Être parent, cela s’apprend. Dans cette forme d’école des parents, il faut une formation au partage des têtes », développe François de Rugy. Le président du parti écologiste propose également d’instaurer la possibilité de mener des « actions de groupe poussée par le défenseur des droits pour que les femmes dans une entreprise puissent agir en justice » et réclamer l’égalité salariale.

Sylvia Pinel, elle, rappelle sa promesse d' »ouvrir la PMA à toutes les femmes, sans exception ». Elle se dit aussi favorable à l’imposition d’un congé parental pour les hommes. « Si on arrivait à casser les clichés, le sexisme ordinaire, on n’aurait plus besoin de passer par la loi. Mais vu l’état des mentalités dans ce pays, c’est une bonne idée. La méthode douce a déjà été employée. À force, il faut passer par quelque chose de plus coercitif. » « Nous sommes un vieux pays de machos », embraye Jean-Luc Bennahmias. Mais lui précise être « pour une société de la responsabilité, pas de l’interdiction », donc contre une législation trop importante sur le sujet. 
Pour Benoît Hamon, il faut augmenter considérablement les pénalités financières des partis politiques qui ne respectent pas la parité. Et ce, afin d’augmenter le budget du ministère des Droits des femmes. Vincent Peillon, lui, veut conditionner le CICE à l’égalité homme-femme dans les entreprises. 

  • La question de la Syrie et de la guerre est abordée

Arnaud Montebourg : « Il n’y a pas de solution durable de paix en Syrie avec Bachar Al-Assad. Il aura à répondre de ses actes devant la justice internationale »
Benoît Hamon : « Il n’y a pas de solution politique en Syrie avec Bachar Al-Assad. Il faut discuter avec les composantes de la société syrienne, qui ne sont pas invitées aux négociation de paix »

Manuel Valls : « Il n’y aura pas de solution durable en Syrie avec Bachar Al-Assad car il est le premier responsable de la situation dans ce pays (…) La France a toujours un leadership à exercer »

  • Donald Trump

Vincent Peillon n’a semble-t-il pas apprécié que Manuel Valls ait considéré que les déclarations de Donald Trump sur l’Europe soit « une déclaration de guerre ». « Il ne faut pas faire la guerre tout le temps et à tout le monde et garder ce mot pour des situations précises. Nous ne lui faisons pas la guerre et nous allons essayer de l’amener à de meilleures manières », lâche-t-il. « Quand on se prépare à cette fonction suprême, on ne peut pas regarder le monde avec les lunettes d’hier. Je prends au sérieux les déclarations de Donald Trump. C’est une déclaration de guerre politique, ne jouons pas sur les mots », répond Manuel Valls. « Alors n’utilise pas ce mot », rétorque l’ancien ministre de l’Education. Manuel Valls : « Vincent Peillon me rappelle mon vieux professeur qui sait que les mots ont un sens. J’utilise ce mot parce que je veux dire à nos compatriotes que le monde est en train de changer. » 

Au-delà de cet échange, tous conviennent que la présidence Trump va poser des problèmes. Benoît Hamon prend lui assis les paroles du président américain « au sérieux », alors que François de Rugy n’a pas envie de rire face aux menaces de quitter l’Otan. 

  • Emmanuel Macron

Benoît Hamon trouve que « celui ou celle qui sera choisi lors de la primaire aura une légitimité qu’Emmanuel Macron n’a pas. Il nous opposera les sondages, je lui opposerai la légitimité du vote (… Son aventure est terriblement classique et c’est Tony Blair il y a 20 ans ».

Arnaud Montebourg souligne « quelque chose de confus dans la candidature d’Emmanuel Macron. Je ne comprends pas comment on peut aller au Puy du Fou chez Philippe de Villiers, aller à Nevers faire l’éloge de François Mitterrand, puis d’aller voir Valéry Giscard d’Estaing. Il reçoit le soutien de Jean-Pierre Raffarin, et s’attire les critiques de Gérard Larcher. J’ai besoin de savoir quel est son programme ». Il cite ensuite Martine Aubry : « Comme disait quelqu’un, quand c’est flou, il y a un loup ».
Manuel Valls estime qu »il « y a une volonté, une force de presse, qui veut empêcher que cette primaire se passe dans de bonnes conditions. Le peuple de France ne se laissera pas imposer un choix ». 
Vincent Peillon déclare : « Quand on a pas peur de Poutine, quand on a peur de Trump, on n’a pas peur d’Emmanuel Macron. Aujourd’hui il mène une aventure franchement respectable. Je regrette qu’il ne soit pas venu dialoguer avec nous (…) Il va sortir de l’ambiguïté mais sa grande famille l’accueillera (…) C’est l’enfant prodigue, il est parti, il reviendra ».

  • l’heure de la conclusion 

Benoît Hamon : « Mon projet est incontestablement différent de celui présenté par d’autres ici. Je ne prétends pas avoir la vérité, mais je vous propose une option ».
Jean-Luc Bennahmias : « Voter pour moi c’est voter pour le revenu universel, la proportionnelle. Pour défendre l’exception culturelle française. C’est voter pour la légalisation du cannabis récréatif et thérapeutique, pour en finir avec la monarchie républicaine »
Arnaud Montebourg : « Je n’appartiens pas à cette gauche qui a renoncé comme les oiseaux se cacheraient pour mourir »

Sylvia Pinel : « Mon action politique a toujours été guidée par le soucis constant et permanent d’améliorer le quotidien des Français (…) Voter pour moi, c’est vouloir retrouver confiance et optimisme »

François de Rugis : « On a tenté de vous enfermer dans cette primaire dans des choix pré-établis, mais vous êtes libres de choisir le projet qui vous correspond le mieux, libre de choisir la rénovation, le sursaut »

Vincent Peillon : « Nous sommes à un moment difficile pour la gauche. Retrouvez la fierté d’être de gauche »

Manuel Valls : « Je veux incarner une France indépendante dans le monde d’aujourd’hui, la refondation de l’Europe, une société du travail qui fasse confiance à nos entrepreneurs »

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