Primaire De La Gauche : Ce qu’il faut retenir du second débat 

Trois jours après avoir participé au premier débat de la primaire de la gauche, Jean-Luc Bennahmias, François de Rugy, Benoît Hamon, Arnaud Montebourg, Vincent Peillon, Sylvia Pinel et Manuel Valls se sont retrouvés sur BFMTV et i>Télé, ce dimanche 15 janvier. Les discussions ont tourné autour de cinq grands thèmes : « La France dans un monde nouveau », « L’Europe et ses frontières », « Objectif, France verte ? », « Quel président de gauche ? » et « L’École de demain » Comme ce jeudi lors du premier débat difussé sur TF1  les sept prétendants à l’investiture du PS  sont restés corrects entre eux. Ils ont cependant régulièrement montré leurs divergences programmatiques et idéologiques, s’opposant notamment sur la question de l’accueil des migrants, le nucléaire, les énergies renouvelables et le cannabis.

Voici ce qu’il faut retenir 

  • Une Europe plus forte face à Trump

Interrogés sur l’accession de Donald Trump à la présidence des Etats-Unis, les candidats s’entendent pour reconnaître qu’il s’agit là d’une nouvel ordre mondial et réclament une plus grande coopération européenne. « Notre pays doit discuter avec le président Trump et le président Poutine. Ce n’est pas parce qu’on discute qu’on est d’accord sur tout. On sera d’autant plus fort si l’Europe est forte », dit Jean-Luc Bennahmias. « Trump, c’est une incertitude », embraye Vincent Peillon. « Il faut comprendre que la réponse à toutes ces questions, c’est plus d’Europe, c’est une défense européenne et une politique étrangère commune. » Arnaud Montebourg abonde : »Autant se méfier des cyber attaques russes que des écoutes de la NSA. Ce sera l’occasion de construire l’alliance militaire européenne. »

« Dans un monde dur et incertain, j’ai une stratégie pour la France. Qui repose sur deux principes : l’indépendance de notre pays et être à la hauteur du monde nouveau. Avec un grand principe, c’est l’Europe, qui doit être forte », assure de son côté Manuel Valls. François de Rugy approuve, alors que Sylvia Pinel insiste sur le couple franco-allemand
Les candidats sont invités à dire ce qu’ils feront vis-à-vis de l’Union européenne s’ils sont élus. Sans surprise, Arnaud Montebourg estime qu’il faut changer les choses. « Cette Europe-là est en train d’être rejeté par les peuples et c’est vis-à-vis d’elle qu’il va falloir ouvrir les hostilités », explique l’ancien ministre du Redressement productif. Pour Vincent Peillon, il faut exiger des contreparties à la limite du déficit. « Nous allons suivre une stratégie de fiances sérieuses et nous allons réduire notre dette. En contrepartie, vous ferez votre part du chemin, vous accepterez un grand plan d’investissements. »

Manuel Valls, qui a visiblement choisi de parler de lui, déclare : « L’Europe est menacée de dislocation. Il y a urgence. Si nous ne sommes pas capables de réagir, si nous n’écoutons pas les peuples, alors l’Europe peut mourir. Et parce que je suis Européen, je ne veux pas de cela ». Il répond aussi à Benoît Hamon, qui propose un visa humanitaire pour les migrants et estiment que « nous n’avons pas été à la hauteur quand on en a accueillis si peu ». « L’Europe, ce sont des frontières. Si nous ne sommes pas capables de protéger nos frontières, alors c’est l’espace Schengen qui sera menacé », prévient le Premier ministre. Enfin, Jean-Luc Bennahmias se dit d’accord avec Arnaud Montebourg pour un « protectionnisme gradué européen ».

  • Les migrants 

Lors du débat du 12 janvier, diffusé par RTL et TF1, Benoît Hamon avait réussi à faire tourner la discussion autour de sa proposition de revenu universel. Ce dimanche, l’ex-ministre est parvenu au même résultat en abordant la question des migrants par le biais de sa proposition de « visa humanitaire ». Manuel Valls lui a répondu, estimant que la France a mené « une politique généreuse et maîtrisée » tout au long de ce quinquennat. Une déclaration contredite par Vincent Peillon, qui a estimé que « les Français ont été plus généreux que leurs dirigeants ». Même son de cloche chez Arnaud Montebourg, qui a souligné l’action des maires, « entre 500 et 1.000 », qui ont volontairement accueilli des migrants, malgré les moyens « parfois chiches » dont ils disposaient.

Sylvia Pinel a de son côté proposé la mise en place d’un « droit d’asile européen », afin d’éviter « des différences de traitement des demandes d’un pays à l’autre ». Selon la présidente du PRG, la « Jungle » de Calais n’aurait jamais existé si « le traitement de l’asile était pareil partout ». Pour François de Rugy, seule la « coopération européenne » permettra de gérer au mieux l’arrivée des migrants. L’écologiste s’est dit favorable à une « politique des quotas » européenne, dont il regrette qu’elle n’ait pas déjà été mise en place.

La tournure du débat a amené plusieurs fois Manuel Valls à défendre le bilan du quinquennat écoulé. Europe, accueil des migrants, intervention au Mali, conflit syrien, politique énergétique… L’ancien premier ministre a plusieurs fois considéré que le gouvernement avait bien agi au cours des dernières années. « J’en ai assez que l’on remette en cause la France », s’est-il même agacé. « Critiquer une politique, ce n’est pas s’en prendre à la France », lui a répondu Vincent Peillon.

Comme lors du premier débat, Manuel Valls a eu l’occasion de redire sa « fierté » d’avoir gouverné avec François Hollande. Et d’ajouter : « Je suis lucide sur les réussites et les échecs. Quand on gouverne, il faut être fier ».

  • L’environnement 

Après l’Europe, les candidats abordent le sujet de l’environnement. François de Rugy promet une baisse de 25% de la facture énergétique des ménages en l’espace de cinq ans. Pour cela, il compte aider les Français à faire un diagnostic pour « faire de bons travaux », puis débloquer des fonds pour le financement de ces travaux. Arnaud Montebourg, lui, revient sur le nucléaire. Selon lui, on ne peut pas s’en passer à court terme. « On a besoin du nucléaire pour réduire l’addiction au charbon », explique-t-il. En revanche, il promet de fermer les centrales qui doivent l’être selon l’autorité de sûreté nucléaire (ASN). Souvent critiqué pour avoir envisagé l’exploitation du gaz de schiste quand il était ministre, Arnaud Montebourg réplique. « Il était normal que mon ministère fasse des recherches. La recherche n’est pas interdite, cela ne veut pas dire l’adhésion. »

Sylvia Pinel s’attire ensuite les foudres de François de Rugy pour avoir dit que « le nucléaire est un gage d’indépendance énergétique de la France ». « L’uranium vient à 100% de l’étranger », réplique le président du Parti écologiste. « Et on continue à dire que c’est l’indépendance énergétique de la France ? » Selon lui, seules les énergies renouvelables permettent d’assurer une production 100% françaises. Une position « totalement » partagée par Benoît Hamon. « C’est une affaire choix politiques. Dans ce domaine-là, il ne faut pas avoir la main qui tremble. »

  • La législation Du Cannabis 

Les pro-légalisation que sont Benoît Hamon, Sylvia Pinel et Jean-Luc Bennahmias ont mis en avant l’inutilité, selon eux, de la « prohibition » – François de Rugy a évoqué la prohibition américaine des années 30 – et ont affirmé qu’une légalisation permettrait de lutter plus efficacement contre les trafics. Sylvia Pinel a par ailleurs assuré qu’elle permettrait de « redéployer les forces de l’ordre sur les autres trafics de stupéfiants ». Jean-Luc Bennahmias, qui a par ailleurs raconté avoir déjà consommé du cannabis, a déploré que la France soit, selon lui, « le seul pays à ne pas être capable de débattre ».

Alors que Vincent Peillon a défendu l’idée d’une « grande conférence nationale », Arnaud Montebourg aimerait « associer les citoyens à ce débat », bien qu’il considère qu’il est « inutile que la présidentielle se déroule autour d’un tel sujet ». Résolument opposé à la légalisation, Manuel Valls a assuré qu’elle amènerait « plus de trafics ». Ainsi l’ancien premier ministre veut-il maintenir une politique de santé axée sur la prévention, « car le curatif coûte plus cher ».

  • L’héritage du quinquennat de François Hollande 

Manuel Valls dit être « fier d’avoir gouverné ». « Quand on donne la chance à la gauche dans des moments aussi difficiles, on assume ses responsabilités. Je suis convaincu que la gauche et la France ont toujours une belle histoire à écrire ensemble », complète-t-il. Avant de préciser qu’il « faut respecter le choix du président de la République » de ne pas se représenter. Benoît Hamon, lui aussi, salue ce choix. Et explique qu’il peut « faciliter les choses en [leur] permettant de tourner la page du quinquennat ».Jean-Luc Bennahmias, qui a toujours défendu le Président, a toutefois exprimé une réserve : « Il a essayé d’être normal. C’est impossible ». Le président du Front démocrate a confirmé les propos de Benoît Hamon, estimant qu' »il n’y a aura plus de De Gaulle et Mitterrand ».

  • L’éducation 

Pas de grandes dissonances sur ce sujet, mais des propositions originales que chacun veut mettre en avant. Benoît Hamon veut plafonner le nombre d’élèves par classe et « un service public d’aide au devoir ». Vincent Peillon, satisfait de ce qui a été fait pendant le quinquennat sur la primaire et le collège, veut mettre l’accent sur le lycée et l’université et insiste sur la formation des maîtres. Arnaud Montebourg, lui, propose la création d’un « poste de maître des savoirs fondamentaux », qui suivrait chaque élève sur plusieurs années. 

Manuel Valls est plus général. « Si la gauche doit s’identifier à quelque chose, c’est l’école. Il faut continuer à mettre le paquet dans l’école », assure le ancien Premier ministre, qui prose de créer un grand service public d’accueil de la petite enfance ». François de Rugy et Sylvia Pinel s’en tiennent aussi à de grands principes généraux. C’est aussi le cas pour Jean-Luc Bennahmias, qui veut que le lycée prépare mieux à l’entrée en université. 

  • La Laïcité 

Vincent Peillon entame le débat sur la laïcité. Là encore, les candidats sont dans l’ensemble plutôt d’accord. L’ancien ministre de l’Education en profite pour égratigner François Fillon, qui s’était revendiqué chrétien. « Quand il prétend qu’il veut mener des politiques en fonction de sa confession, nous sommes avant 1905 », lâche-t-il. Manuel Valls et Sylvia Pinel glissent eux aussi un petit tacle aux candidats de la droite. 

Mais c’est surtout la loi de 1905 qui fait consensus. tous pensent qu’il n’est pas utile de la retoucher, et qu’il faut revenir à ses fondamentaux. Arnaud Montebourg propose même de la constitutionnaliser. Sylvia Pinel propose elle qu’elle fasse l’objet d’un enseignement à l’école. 

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s