Primaire De La Gauche : Ce qu’il faut retenir 

Les sept candidats se sont affrontés au cours d’un premier débat sur TF1. Diffusé en direct à partir de 21 heures, ce grand oral voit les sept concurrents s’affronter sur le social et l’économie, le terrorisme et la sécurité, et enfin la République, la laïcité et l’islam. Au total, chaque participant a entre 17 et 18 minutes de temps de parole. Ils disposent aussi d’1 minute 20 de présentation chacun, et du même temps pour conclure.C’est donc dans ces paramètres que Manuel Valls, Arnaud Montebourg, Benoît Hamon, Vincent Peillon, Sylvia Pinel, François de Rugy et Jean-Luc Bennahmias. Ce qu’il faut retenir de ce débat 

  • Rassemblé La Gauche 

En vertu d’un tirage au sort, Manuel Valls lance les hostilités. Sans surprise, l’ancien Premier ministre met en avant son expérience. « Selon tous les pronostics, la gauche serait éliminée du second tour de l’élection présidentielle. Notre pays n’aurait que deux options : l’extrême droite ou la droite dure. Moi, je le refuse. J’aime la France, elle m’a tout donné. J’ai été maire d’Evry, ministre de l‘Intérieur, Premier ministre. Gouverner, c’est difficile. J’ai l’expérience », lance l’ex-Premier ministre. 

Peillon : « je veux rassembler la gauche ». « La gauche est divisée, mais la France l’est aussi. Je veux rassembler la gauche », explique l’ancien ministre de l’Economie, qui s’en prend aussi au candidat de droite. « M. Fillon s’attaque un jour à la laïcité, à la Sécurité sociale, il se fait adouber un jour par M. Poutine, un jour par Bachar al-Assad. C’est une honte »

« Je veux proposer un chemin », dit Hamon. « Nous vivons des bouleversements inédits. La manière dont nous consommons, dont nous produisons, met la planète en danger. Le travail se raréfie. Et nous sommes moins bien équipés pour affronter ces transitions. Il faut tourner la page avec la vieille politique, les vieilles recettes. Je veux proposer un chemin », explique l’ancien ministre de l’Economie sociale et solidaire. Il cite le revenu universel d’existence et la mise en place d’une 6ème République. 

  • Le Bilan du quinquennat de François Hollande 

Interrogé sur le mot qu’ils utiliseraient le quinquennat, la plupart des candidats à la primaire ont choisi de se montrer critique. « Inachevé » pour Benoît Hamon, le mandat de François Hollande a été « contrasté » pour François de Rugy. Seuls Manuel Valls et Sylvia Pinel se sont distingués, le premier appelant à se montrer « fier » du bilan tandis que la seconde a estimé qu’il « convient de [le] porter »

  • Le revenu universel 

Jean-Luc Bennahmias s’exprime sur le revenu universel, thème majeur de la campagne. « La proposition de revenu universelle est sur l’ensemble de la société, pas uniquement sur les chômeurs », explique-t-il. « Pour arriver à cela, c’est progressif, c’est un ou deux mandats. » Selon lui, cette subvention, versée à tous sans condition de ressources, est « une aide à l’entreprenariat, aux jeunes de moins de 30 ans qui n’ont pas forcément envie d’avoir un CDI à jamais ». Benoît Hamon, autre défenseur de ce dispositif, abonde sur l’idée d’une progressivité. « Le revenu universel ne peut se mettre en oeuvre que par étape. La première, ce sera un revenu universel pour les plus pauvres [qui sera aussi] distribué aux 18-25 ans ». 
Pour Vincent Peillon en revanche, cette « belle idée » « n’est pas praticable ». « Cela coûte 400 milliards d’euros, qui les paiera ? » Manuel Valls quant à lui, « veut une société du travail ». À l’idée de revenu universel, il substitue celle de « revenu minimum décent », fusion des minima sociaux à hauteur de 800 euros par mois, également versé aux moins de 25 ans.

  • l’emploi et fiscalité

 La majorité des candidats sont d’accord sur l’idée qu’il faille allier, comme le propose François de Rugy, « soutien aux entreprises et soutien à la consommation par le pouvoir d’achat ». Arnaud Montebourg, suggère une « relance économique et écologique », estimant que l’austérité « s’attaque au pouvoir d’achat, ce qui tue l’économie ». 
Pour préserver le pouvoir d’achat des plus modestes, Vincent Peillon mise sur la fiscalité, proposant un « bouclier fiscal pour les plus modestes » qui, même s’ils ne paient pas l’impôt sur le revenu, sont concernés par les impôts locaux. Manuel Valls, lui aussi, souhaite « baisser l’impôt pour les couches moyennes et populaires ». « Nous avons assumé » une hausse de la fiscalité jusqu’en 2014, « parce qu’il fallait rétablir les comptes publics », précise l’ex-Premier ministre. Désormais, il veut accentuer la baisse et revenir sur la refiscalisation des heures supplémentaires, décidée sous François Hollande. « Quand on s’est trompé, il faut reconnaître une erreur. »

  • La santé 

Interrogé sur les déserts médicaux, François de Rugy refuse toute mesure « coercitive » à l’égard des médecins pour les pousser à s’installer là où les professionnels manquent. En revanche, « il y a des professionnels de santé qui pourraient avoir une formation complémentaire de deux ans payée par l’État. En contrepartie, ils devraient s’installer dans un endroit où un généraliste prend sa retraite et n’est pas remplacé », explique-t-il. Ces professionnels seraient par exemple des infirmiers ou des pharmaciens.
Sylvia Pinel, elle, propose notamment d’instaurer la vente des médicaments à l’unité. Quant à Vincent Peillon, il s’attaque au programme de François Fillon. « Les Français sont attachés à la Sécurité sociale. Personnellement, je ferai des efforts à destination de l’hôpital public immédiatement. Aucun de nous ici n’acceptera que les Français puissent se soigner en fonction de leurs capacités contributives. »

  • La loi travail 

 Manuel Valls est interrogé sur la loi Travail. Après avoir un temps éludé en estimant que c’est un vieux débat, qui n’intéresse pas les Français, l’ancien Premier ministre défend le texte. « J’entends évoquer l’idée même d’abrogation. Abroger quoi ? la négociation dans l’entreprise ? Le compte personnel d’activité ? Le compte pénibilité ? La garantie jeunes ? Cette loi est une avancée », lance-t-il. Ça ne convainc pas Benoît Hamon. « Il y a des dispositions qui facilitent le licenciement et qui vont fragiliser les salariés. Je veux rétablir la hiérarchie des normes », explique-t-il. « On pourra conserver le droit à la déconnexion ou la garantie jeune. Mais parce que cette loi est passée sans légitimité démocratique, il faut abroger la loi Travail et en faire une vraie, qui se préoccupe des améliorations pour les salariés », insiste l’ex-ministre.

Idem pour Arnaud Montebourg. « J’abrogerai la loi El-Khomri. Elle pose des problèmes dans sa genèse. Il y a eu une sorte de coup de force avec le 49.3. Elle organise la concurrence dans un même secteur à la baisse des rémunérations des salariés »n estime le chantre du « Made in France ». En revanche, Sylvia Pinel et François de Rugy préfèrent insister, comme Manuel Valls, sur les avancées du texte. 
Quand sont évoquées les exécutions commandées par le président de la République de terroristes, divulguées dans un livre, certains refusent de répondre, comme Sylvia Pinel ou Vincent Peillon, mais d’autres assument. « C’est parfois nécessaire. J’ai toujours été pour la transparence, mais il y a une limite : la sécurité' », dit François de Rugy. « Nous sommes en guerre, il faut protéger les Français. J’ai été au côté du président de la République. Ce qui doit être fait doit être fait, ce qui doit être tenu secret doit être tenu secret », qui rappelle opportunément qu’il a de l’expérience. « S’il faut prendre ce genre de de responsabilités, j’y suis prêt bien entendu », explique enfin Arnaud Montebourg.

  • Le Terrorisme 

Le ton se fait grave quand est évoqué le terrorisme. tous reconnaissent qu’en la matière, le président de la République et ses gouvernements ont bien agi. « Nous pouvons l’en remercier. La France s’est tenue très solidement sur ses pieds », estime ainsi Arnaud Montebourg. Pour autant, quelques différences apparaissent quant aux solutions. Benoît Hamon estime que désormais, l’arsenal législatif suffit et qu’il faut lever l’état d’urgence. Arnaud Montebourg plaide lui pour le substituer « un état de protection permanente ». François de Rugy veut mettre le paquet sur le renseignement et sortir ces questions des débats politiques. Sylvia Pinel, elle, veut mettre l’accent sur la prévention contre la radicalisation. 

Manuel Valls se défend sur la déchéance de nationalité. « Je suis né à Barcelone, je suis naturalisé. Je sais ce que m’a apporté ce pays. Ici, je suis Charlie et je serai toujours Charlie », lance l’ancien Premier ministre. « Nous n’aurions pas dû nous diviser sur une question aussi importante. Et je rappelle que la déchéance de nationalité existe toujours », poursuit-il. Benoît Hamon répond. « Moi aussi, nous tous, je suis Charlie. Et beaucoup de ceux qui étaient concernées par la déchéance de nationalité, les bi-nationaux, étaient Charlie, parce qu’elle inscrivait dans la Constitution une différence entre des Français. Cette mesure a heurté des millions de nos compatriotes », insiste l’ex-ministre. 

  • Le 49.3

François de Rugy est le seul des sept candidats à vouloir conserver l’article 49.3 pour tous les textes législatifs. Mais refuse de s’appesantir sur le sujet. « Le scandale démocratique est d’abord dans une Assemblée nationale qui ne représente plus la Nation », estime-t-il. Lui veut rendre le vote obligatoire et reconnaitre le vote blanc. Sur cette dernière proposition, il est rejoint par Benoît Hamon. L’ancien ministre de l’Éducation veut aussi défendre « le principe d’un 49.3 citoyen », c’est-à-dire « la possibilité d’obtenir qu’un texte puisse être soumis à référendum » lorsqu’il est réclamé par un certain nombre de Françaises et de Français. Vincent Peillon suggère quant à lui la proportionnelle intégrale pour les élections législatives dans les grandes régions.

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